Leica M-P, à l’ombre du troisième M

Il y a quelques années, après avoir en avoir rêvé pendant longtemps et avoir tâté des ersatz, j’ai acquis un Leica M9 en occasion. Une occasion un peu hors de portée, la réalisation d’un fantasme vieux de plusieurs décennies, mais au final, malgré les quelques travers, quelle machine, quel appareil photo incroyable. Bien sûr, le caillou n’est pas parfait. Son comportement en basse lumière est parfois compliqué. Sa balance des blancs crée parfois des hommes schtroumpfs. Rien de dramatique, sachant que le comportement en valeurs d’ISO du CCD n’est pas le même que celui des CMOS modernes. Bref, j’ai cherché, je l’avoue à contourner ces problèmes, j’ai effectué quelques infidélité vers l’A7 de Sony, imaginant pouvoir compenser les travers du M9 avec un capteur plein format mais ayant des capacités supérieures en basses lumières. Il est vrai que le SONY se débrouille bien de ce point de vue là et couplé à un excellent Nokton 50mm, on arrive à en tirer des images splendides. Mais, l’histoire d’amour avec Sony, s’est arrêtée sur l’écueil de l’ergonomie. Franchement, ces gars devraient discuter avec des photographes, parce qu’il font des appareils photos comme ils feraient des micro-ondes…

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Bref, il me fallait faire dans le darwinisme de base et évoluer. Et dans ce cas, l’évolution n’est pas évidente, elle demande beaucoup de sacrifices. Mon vendeur favori m’a fait bien évidemment une offre que je ne pouvais pas refuser. Au passage, j’ai revendu le Leica M9, le Sony A7 et quelques autres babioles en verre… On est dans les tarifs d’un appareil photo pro, et la légende a son prix d’entrée, c’est indéniable. C’est un peu comme acheter une Porsche. Enfin, je n’aurai certainement jamais de Porsche… Mes priorités sont ailleurs. Voilà, ceci pour clore l’aspect pécuniaire.

En ce qui me concerne, je ne me voyais pas avoir un Leica M, type 240. Une belle machine, mais le logo rouge format XXL heurtait mes convictions. Comme je ne me voyais pas exhiber la pastille rouge en mode ostentatoire, la sortie l’automne dernier du Leica M-P venais donc naturellement ouvrir une opportunité qui se faisait attendre. Franchir le pas me pris quelques mois de réflexion. Un pas que l’on ne fait pas aussi facilement. Est-ce que c’était l’ultime étape, le saint Graal de l’évolution photographique ou une chimère de plus? Je n’avais pas encore la réponse à ce moment là.

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Mais sortons de ces considérations et venons en aux faits, la prise en mains. Comment est ce que cette machine se comporte dans les faits pour faire de la photo. Comment va-t-elle remplacer l’immense M9 et son capteur hors du commun. Mais avant d’y arriver permettez-moi une petite digression.

Le M9 a un capteur CCD plein format Kodak, sans filtre passe-bas de 18 millions de pixels. Il est très moyennement noté sur DXO Mark. Un score de 69 ce qui le place au niveau d’un micro quatre tiers Olympus monté sur les premiers PEN. Pour moi, toutes les images réalisées avec ce dernier capteur frôlent simplement le fantastique. Un petit truc incroyable qui transcende simplement l’image. Il est vrai qu’il faut lire les chiffres dans leur contexte et aussi interpréter les résultats en conséquence. Dans les conditions de prise de vue normales, même avec une bonne luminosité, les images du M9 sont et restent géniales. C’est à mon sens, la combinaison entre le capteur et les objectifs en monture M qui fait différence. Si on monte en sensibilité, au delà de 800 ISO, alors il n’y a plus photo, le M9 est battu à plate couture. Bien sûr, il y a d’autre alternatives performantes. Fin de la digression, retour au M-P.

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Au départ, j’ai été un peu perturbé par les menus et la disposition des touches un peu différentes du M9. Pour la première fois j’utilisais un Leica en mode semi auto en laissant les ISO en automatique et en laissant la priorité à l’ouverture.C’est un peu déconcertant, car l’appareil ne se comporte pas comme son prédécesseur. J’ai repris alors mes anciennes habitudes. J’ai tout passé en manuel, juste histoire de retrouver mes automatismes. Il m’a fallut un peu de temps pour m’acclimater et que les gestes deviennent cognitifs. Mais la prise en main est très bonne, c’est une merveille d’ergonomie. Le déclenchement est silencieux et franc. Une petite merveille. La disposition des touches est une réelle amélioration par rapport au modèle précédent. L’écran est enfin digne de son époque et n’est comme sur le M9, l’enfant illégitime d’un Nokia 3210. Les couleurs et la taille sont dans la lignée des meilleurs. Même s’il n’est pas primordial de voir le résultat sur son écran, c’est quand même un réel plus.

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Ce qui ressort de l’utilisation du M-P, c’est d’abord le plaisir, le plaisir d’utiliser enfin un appareil photographique bien conçu. Ceci est une opinion personnelle, forcément subjective et donc je la partage. En passant en revue mes images, j’ai d’abord remarqué que le premier hiver de ma dernière née m’a bien cloué à la maison. Je n’ai pas eu beaucoup d’occasion de l’utiliser. Mais des quelques milliers de photos réalisées, beaucoup sont faites avec les Voigtländer Nokton 35 et 50mm. J’ai beaucoup de considération pour ces deux lentilles. Je trouve que le résultat est très classieux et tout en finesse. Il y a des zones de flous devant et derrière le plan de netteté. Mon étonnement vient aussi des performances du 50mm Nokton. En comparaison avec le Leica Summilux, il n’y a presque pas de nuance. En tout cas rien de significatif, ou au contraire tout pour justifier l’utilisation de cette alternative au 7ème du prix de la version pastille rouge. C’est vrai que ce n’est pas aussi prestigieux, mais une fois la photo prise, franchement, le prestige on s’en balance non?

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Alors, est-ce que ça vaut la peine? Je pense honnêtement que cette que cette question est hors propos. Oui bien sûr, c’est un appareil photo magnifique. Juste que le ticket d’entrée est très cher. Par contre le plaisir est limite, immense. C’est une machine d’une précision hors du commun, tant par ça conception que par le rendu des images, simplement incroyables. Est-ce que ça justifie un tel tarif? Oui et non. Mais il est clair aussi que la concurrence dans le domaine particulier de l’appareil photo télémétrique n’existe pas encore. La question que l’on peut se poser, c’est pourquoi les autres fabricants ne font rien de comparable. Certainement les études de marchés montrent que les coûts de production sont trop élevés pour se risquer dans une telle affaire. Mais l’aventure pourrait être belle. En tout cas une alternative autre serait la bienvenue. Fuji s’est essayé avec son X-Pro1 a quelque chose d’approchant extérieurement, mais avec un autofocus déficient. Sony, en proposant des imageurs plein format, propose aussi une solution intéressante, mais avec une ergonomie ratée pour un  photographe. Même à l’époquedu tout tactile, il y aurait des solutions plus intéressantes. Nikon, Canon, oui bien, mais dans un autre segment. Trop gros la plus part du temps. Alors il reste Leica et sa légende intacte. Une merveille indécente, mais qui à le mérite de cultiver la beauté du geste et de l’image. Le M-P est magnifique simplement.

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3 réflexions sur “Leica M-P, à l’ombre du troisième M

  1. Bonjour,

    Au jour même de l’achat d’un M-P (je passe du M8 au M-P en faisant une infidélité à mon X-Pro1), cet article fait du bien. Le prix est pharaonique mais on y va quand même ! Il y a quelque chose de totalement irrationnel et à la fois complètement enchanteur…
    Merci.

  2. Après avoir eu toute la série des M depuis le 6, essayé le xpro après le M9, j’ai pris un M240 dont J’ai décapé la pastille rouge pour n’avoir qu' »une face métal.
    Quelques remarques après deux mois d’utilisation:.
    Son temps de mis en route (2 seconde au moins, est beaucoup trop long)
    Son poid est trop élevé (comme son prix) et son centre de gravité n’est plus respecté, les attaches ayant changé de position, l’appareil à tendance à piqué du nez.
    Enfin comme vous l’avait fait remarqué son mode auto iso à une logique assez bizard.

    C’Est évidemment un Bel outil, et les photo (avec le nouveau summitar 2.5, 50 mm) sont réellement bonne, surtout en jpg noir et blanc…..

    Mais j’avoue que je regrette mes M6/M7 toujours prêt, léger et à la dynamique impressionnante.
    Mais c’est un autre débat.
    La rumeur dit que le 240/M-p sera le dernier vrais télémétrique de Leica, qui devra diminuer la taille de son boîtier et passer à un télémetrique électronique avec evf intégré pour rester dans la course.

    1. Merci pour votre commentaire.

      Pour la partie argentique, ce que je n’ai pas aimé avec le M6, c’est le système de chargement du film, pas possible de m’y faire. Ensuite, le fait qu’il n’y ai pas de blocage du déclencheur est un élément rédhibitoire. Mettre le Leica dans le sac est déclencher de manière intempestive est juste insupportable. Bref, après l’avoir essayé pendant quelques semaines, je n’ai pas été convaincu. Je suis tombé en amour avec le Zeiss Ikon ou plus simplement le ZI. A mon sens le meilleur télémétrique à ce jour. Dommage qu’il ne se fasse plus. Je suis subjectif et je le revendique. Mais l’engin est vraiment bon.
      Pour le M-P ou le M240, je le trouve bien, la prise en main est bonne pour moi, mais j’ai de grandes pognes. J’ai rajouté du cuir et j’ai modifié un Thumbs Up Matchtechnical pour avoir une meilleure prise en main. Il est plus lourd, il est plus délicat à utiliser que le M9, mais ça reste mon appareil plaisir numéro 1. D’une certaine manière, celui qui a éteint mon GAS.
      J’attends avec impatience le prochain X-Pro de Fuji. J’espère y voir quelques caractéristiques intéressantes.

      Cordialement

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